Elle et moi
Ca fait un sacrément longtemps qu'on se côtoie, elle et moi.
Je l'ai rencontrée la première fois après une sombre affaire de trafic d'animaux rares à destination des riches des hauts quartiers. Un cas qui m'avait plus touché que je ne le pensais au début. Voir ces petits yeux d'animaux apeurés, tristes, condamnés pour la plupart à ne jamais se remettre de leur voyage s'ils n'étaient pas déjà morts en route. Tout ça pour plaire à leurs maîtres le temps de quelques semaines, quelques mois au mieux, avant qu'une autre espèce devienne la nouvelle mode. Et c'est comme ça que les dessous de la ville devenaient un nouvel écosystème à chaque changement de mode.
Elle était là, au bar, perdue dans ses pensées, les yeux vagues fixant une bière vaguement fraîche. Elle aussi ne semblait plus très fraîche. Les marques du temps, les marques des amours passés sans doute aussi, les déceptions et les désillusions se lisaient sur son visage. Comme elles doivent marquer mon visage à moi aussi.
J'ai regardé longtemps dans sa direction, trop pour qu'elle ne me remarque pas. Elle s'est levée et s'est approchée de moi, le pas plus lourd qu'elle ne l'aurait sans doute eu si elle avait été sobre. Nous avons bavardé de choses et d'autres, ri un peu mais pas trop, juste de quoi pouvoir espérer prolonger la soirée.
Finalement, elle m'a demandé de la raccompagner. Elle commençait à se sentir mal et moi je commençais à me dire que la nuit ne serait peut-être pas celle que j'avais escomptée. En plein dans le mille. Quelques minutes de métropolitain et la voilà en train de s'endormir sur mon épaule. Quelques minutes de marche ensuite, et la voilà en train de vomir dans le caniveau. Elle est désolée, je suis navré, mais mon côté chevalier servant me pousse à ne pas l'abandonner là.
Puis nous arrivons chez elle. Enfin, plutôt à son bureau. Je vois à la plaque devant son appartement qu'elle est psychologue, et que son nom est Diane_X. Je la laisse sur son canapé et je me retiens de faire un tour de l'appartement pour en apprendre plus sur elle. Ce serait facile vu son état, mais j'en vois assez pour me dire que, d'une certaine manière, elle me convient.
Je suis parti sans un bruit. Mais pas sans noter son numéro. Et me voici aujourd'hui encore dans son canapé, à lui raconter mes histoires sordides, essayant de les rendre un peu plus belles. Mais c'est pas facile et elle s'en rend compte à chaque fois. Pratiquement. Ca fait sacrément longtemps qu'on se connaît tous les deux, faut dire.
- Malcolm_Y
- 15:48
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